Héroïsme et amour

Séance 01

Corniche Kennedy

Réécriture

Adaptez cet extrait sous la forme d'une scène de théâtre. Vous préciserez le décor et les costumes des personnages.

Pistes

Prolongement

1. Selon vous, qu'est-ce qui fait l'intérêt de cet extrait ?

2. Quel rapport pouvez-vous voir avec le thème "Héroïsme et amour" ?

Tu te déshabilles, il reprend, si tu veux pas que je te foute à l'eau comme ça, tu te déshabilles, dépêche-toi. Il surjoue la scène, c'est évident, la voix mâle, la pose inflexible, le regard dur, quand pourtant il a peur lui aussi, une trouille bleue, sa posture pèse sur ses épaules comme manteau de peau gorgé de pluie. Que va-t-il faire si la fille se désape ? Si elle se fout à poil ? Autre déferlante1 brisée contre la base du Cap, bouillons secs, un oiseau gravite solitaire autour du promontoire, le soleil touche la ligne d'horizon qui se précise violette, solide, presque noire. La fille grimace, déchausse ses sandales, sa robe tombe sur ses pieds – c'est une robe à bretelles, coupée aux genoux, un tissu léger qui accompagne les mouvements. Redressée, elle répète lentement je te dis que j'ai le vertige, je ne peux pas regarder en bas. T'as pas besoin de regarder en bas, justement, tu te places ici – de la pointe du pied, il trace une croix sur le calcaire, trace de poudre blanche sur son orteil – et tu t'élances direct, tu regardes devant toi, facile. Il s'est radouci, relève la tête, enfin la voit, plus précisément la reçoit en pleine figure – et il ne la voyait pas comme ça, il n'avait rien vu, la pensait plus fille, plus fine, la taille marquée, les épaules frêles, des cuisses de poulet, au lieu de quoi, celle-là dégage une impression de force qui étonne : vêtue d'un maillot deux pièces rouge, elle ramasse ses fringues qu'elle range tête baissée dans son sac, elle est massive mais découplée2, plutôt grande, fesses hautes, longues cuisses bombées, grands bras déliés, le torse très ouvert, un beau cou. Eddy lui fait signe de s'approcher vers le rebord du plongeoir, orteils au frais dans le vide, mets-toi là. Elle s'avance, s'immobilise à un pas. Vas-y ! Je compte jusqu'à trois et t'y vas : un... deux... trois.

La fille s'avance, regarde en bas, puis oscille3 d'avant en arrière, et répète, ouais ouais, qu'on en finisse, un... deux... trois. Ne saute pas, au dernier moment fait un tour sur elle-même. Recommence une fois cette figure, conclut je peux pas, je peux pas y aller, j'ai le vertige. C'est quoi cette histoire ? il demande. C'est rien, elle réplique, j'ai peur, c'est tout. À cet instant, par mégarde, il croise son regard, en oscille aussitôt de tout son corps, une oscillation inconnue : jamais il n'aurait cru, pas même imaginé, qu'il serait un jour contenu dans un tel flot de douceur et de brusquerie.

Maylis de Kerangal, Corniche Kennedy, 2008.


1. Vague qui déferle (se brise en écume en roulant).

2. Qui a un corps souple, agile ; bien bâti(e), de belle taille. Athlète bien découplé.

3. Bouger selon un mouvement de va-et-vient. Se balancer, chanceler, vaciller.

Séance 02

Les discours rapportés

Notion

Les discours rapportés

Application

1. Mettez au style indirect.

a. T'as pas besoin de regarder en bas.

b. [Elle] conclut je peux pas, je peux pas y aller, j'ai le vertige

2. a. À quel type de discours rapporté se rattachent les questions suivantes ?

Que va-t-il faire si la fille se désape ?

b. Transformez les deux phrases aux deux autres types de discours rapporté.