Cahier de Douai

Problématique : Le Cahier de Douai, révolte d’adolescent ou nouvel art poétique ?

Séance 01

Découverte du recueil

Oral

Que savez-vous d'Arthur Rimbaud ?

Observation

Observez les couvertes ci-contre. Que vous montrent-elles sur le livre que vous allez étudier ?

Repères

Recherche

Feuilletez le recueil, et sélectionnez un ou deux vers qui vous paraissent intéressants. Pourquoi ces vers ?

Séance 02

Le Dormeur du Val

Écriture

Complétez le poème ci-contre.

Notion : la versification

Prolongement

C'est un trou de verdure où chante une rivière

Accrochant follement aux herbes des haillons

D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,

Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.


Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,

Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,

Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,

Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.


Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme

Sourirait un enfant malade, il fait un somme :

Nature, berce-le chaudement : il a froid.


...Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;

...Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine

...Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Arthur Rimbaud, Cahier de Douai, "Le Dormeur du Val", 1870.

Séance 03

L'art engagé

Contraction

Vous contracterez le texte ci-contre en 150 mots.

Pistes

Essai

Sartre écrit : "L'écrivain 'engagé' sait que la parole est action". Selon vous, les écrivains contribuent-ils vraiment à la lutte pour l'égalité ?

Document B

Bansky, CND Soldiers, 2005.

Document A

Il sera donc question ici de l'engagement en littérature. Le terme et toutes les formules qui en dérivent ("littérature engagée", "écrivain engagé", voire même le pléonasme "intellectuel engagé") sont suffisamment divulgués dans le discours littéraire pour renvoyer sans peine à un phénomène relativement circonscrit, et cela même si ce phénomène est par ailleurs objet de controverses répétées. En gros, chacun sait que l'expression "littérature engagée" désigne une pratique littéraire associée étroitement à la politique, aux débats qu'elle génère et aux combats qu'elle implique (un écrivain engagé, ce serait somme toute un auteur qui "fait de la politique" dans ses livres). Chacun situe également le cadre historique de l'engagement littéraire et en identifie les acteurs principaux : il s'est développé de part et d'autre de la Seconde Guerre, est souvent associé à l'essor du communisme, dont beaucoup d'écrivains furent les "compagnons de route", et trouve en Jean-Paul Sartre sa figure de proue.

Cela posé, on constate pourtant que la notion d'engagement a subi une usure importante, que ses arêtes les plus vives se sont émoussées et qu'elle est devenue une idée floue et passe-partout, renvoyant indistinctement à la vision du monde d'un auteur, aux idées générales qui traversent son œuvre ou même à la fonction qu'il assigne à la littérature. Il n'est pas rare de lire ainsi un critique sondant l'"engagement de X" ou dissertant de la "littérature engagée selon Y", tous auteurs dont on sait par ailleurs que la politique n'affleure nulle part dans leur œuvre : le paradoxe que le commentateur explore alors avec sérieux – et non sans raison sans doute – serait que le refus de l'engagement est encore une forme d'engagement, peut-être la plus authentique… [...] Envisagé sous cet angle cependant, l'engagement se dissout : il est partout et nulle part, et devient le propre de toute littérature.

On pourrait, de la même manière, remonter dans le temps et, sans prendre trop de précaution, faire d'Agrippa d'Aubigné ou de Voltaire d'authentiques écrivains engagés. De même que le Tartuffe de Molière ou les fables de La Fontaine, considérés sous un certain angle, peuvent apparaître comme des œuvres engagées. Et ici encore, il est indéniable qu'il a toujours existé une littérature de combat, soucieuse de prendre part aux controverses politiques ou religieuses : le théâtre d'Aristophane ou les Catilinaires de Cicéron, Les Provinciales de Pascal ou les discours de Bossuet, la poésie célébrant la gloire de Louis XIV ou les Lettres persanes de Montesquieu, tout cela représente en effet une littérature en prise directe sur le politique. Pareillement, le pouvoir s'est toujours soucié des écrivains et de leurs œuvres : depuis les réflexions de Platon dans La République sur la place des poètes dans la Cité jusqu'à la façon dont le pouvoir royal organise l'édition et la censure au XVIIIe siècle, tout indique que la littérature n'a jamais été un objet neutre et indifférent en termes politiques. [...]

La notion d'engagement apparaît et se développe au moment où, précisément, l'engagement en littérature cesse d'aller de soi et où la "mission sociale" de l'écrivain ne constitue plus une évidence. [...] L'engagement implique en effet une réflexion de l'écrivain sur les rapports qu'entretient la littérature avec le politique (et avec la société en général) et sur les moyens spécifiques dont il dispose pour inscrire le politique dans son œuvre.

Benoît Denis, Littérature et engagement. de Pascal à Sartre, éd. du Seuil, 2020.

Séance 05

Ma bohème

Lexique

1. Que signifie le mot "fantaisie" dans les exemples suivants ? a. "une pure fantaisie" b. "un bijou fantaisie" c. "une fantaisie littéraire/musicale" d. "agir à sa fantaisie" e. "une étrange fantaisie".

2. Que signifie, selon vous, le mot "fantaisie" dans le sous-titre du poème ?

Lecture

1. Surlignez de deux couleurs différentes ce qui vous paraît réaliste et ce qui vous paraît imaginaire dans ce poème.

2. Observez les rimes. Que remarquez-vous ?

Oral

Selon vous, comment doit-on lire ce texte à haute voix ? Indiquez, sur votre journal de lecteur ou sur le texte, les indications que vous donneriez.

Prolongement

Parmi les lectures proposées, laquelle préférez-vous ? Pourquoi ?

Pistes

Ma Bohème1

(Fantaisie)

Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;

Mon paletot2 aussi devenait idéal ;

J'allais sous le ciel, Muse3 ! et j'étais ton féal4 ;

Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !


Mon unique culotte avait un large trou.

– Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course

Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse5.

– Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou6


Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front, comme un vin de vigueur7 ;


Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,

Comme des lyres8, je tirais les élastiques

De mes souliers blessés, un pied9 près de mon coeur !


1. Bohème : vie libre, sans règle, marginale.

2. Paletot : veste, manteau.

3. Muse : dans la mythologie gréco-romaine, déesse qui incarne la poésie et inspire les poètes.

4. Féal : fidèle serviteur (au Moyen-Âge).

5. Grande-Ourse : constellation d'étoiles. La phrase suggère qu'il dort à la belle-étoile.

6. Bruit produit par le frottement d'un tissu sur lui-même.

7. Vigueur : vitalité, énergie.

8. Lyre : instrument ancien à cordes, souvent synonyme de poésie.

9. Pied : partie du corps, mais aussi unité de mesure en poésie (on a longtemps utilisé le mot "pied" pour désigner une syllabe).

Séance 06

La phrase complexe

Recherche

Étudiez les phrases dans les exemples suivants :

a. Mon unique culotte avait un large trou.

b. J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;

c. Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

Et je les écoutais, assis au bord des routes,

Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes

De rosée à mon front [...] ;

Notion

La phrase complexe

Application

1. Étudiez les phrases dans les exemples suivants.

[...] J'entrais à Charleroi,

— Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines

De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

2. Comparez le fonctionnement des subordonnées dans les exemples suivants.

a. Quand j'entrais à Charleroi, je demandai des tartines de beurre et du jambon.

b. Je demandai des tartines de beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

c. Je demandai qu'on m'apporte des tartines de beurre et du jambon.

Séance 04

À travers le recueil

Attendus

Au choix : apprendre par coeur un poème du recueil et expliquer pourquoi. Préparer un bref exposé sur un des groupements de poèmes proposés.

Vous montrerez comment ces textes illustrent un thème important dans le recueil à travers un propos structuré :

  • une introduction qui présente le thème du groupement ;
  • un développement construit soit texte par texte soit idée par idée ;
  • une conclusion qui résume clairement ce qui est dit, selon vous, sur ce thème, dans le recueil.

Vous veillerez à présenter chaque poème clairement dans le développement : vous situerez le texte, résumerez le propos, lirez quelques vers.

Répartition

Groupement Groupe 1 Groupe 2 Groupe 3
À la musique, Les effarés [la société]

Anne-Sophie, Mariama

Bedia, Karima

Hawo, Nastia

Le Mal, Le Dormeur du val, L'éclatante victoire de Sarrebrück [la guerre de 1870]

Lamisse, Fatoumata

Ermando

Sensation, Roman, Ma Bohème [la liberté]

Pauline, Victoire

Keylencia

Vénus Anadyomène, Au Cabaret-vert, La Maline [les femmes]

Amal, Solène

Thaïs, Marine

Wassim, Sélim

Aptitudes

L'échelle s'appuie sur les aptitudes indiquées dans le Bulletin officiel n°17 du 25 avril 2019.

/20 De 1 à 5 De 6 à 10 De 11 à 15 De 16 à 20
Lire, analyser, interpréter

Le propos sur les poèmes n'est pas compréhensible.

L'élève ne cite pas le texte.

Le propos se contente de reformuler les poèmes, reste très général, ou paraît discutable.

L'élève cite le texte mais le choix des citations n'est pas toujours pertinent.

Le propos donne sens aux poèmes.

Les citations correspondent au propos.

Le propos sur les poèmes est intéressant ; une lecture personnelle se dégage.

L'élève cite et commente ; le choix des citations est intéressant.

Tisser des liens entre différents textes

Aucun lien n'est établi entre les textes.

Les rapprochements proposés ne sont pas pertinents.

Un rapprochement pertinent est effectué entre les poèmes.

Plusieurs rapprochements pertinents sont effectués entre les poèmes.

Construire un jugement argumenté

Aucune organisation du propos n'est perceptible.

Il y a une introduction, un développement, une conclusion, mais l'ensemble est peu organisé ou incomplet.

L'introduction, le développement, la conclusion sont organisés selon une logique argumentative.

L'introduction, le développement, la conclusion participent d'une argumentation efficace.

S'exprimer à l'oral

L'expression est confuse ou incorrecte.

L'expression est globalement acceptable mais parfois incorrecte ou vraiment inexpressive.

Le candidat peine à se détacher de ses notes.

L'expression est correcte.

L'élève s'adresse à son auditeur.

L'expression est bien maîtrisée.

L'élève communique avec aisance et conviction.

Bilan

Les Effarés À la musique

C'est un long poème qui évoque une scène qui se déroule la nuit, l'hiver : de jeunes enfants très pauvres sont blottis contre une grille et regardent le boulanger faire le pain. La chaleur, les odeurs, sont pour eux un bonheur immense.

Dans ce long poème, Rimbaud décrit un jardin public et les gens qui le fréquentent : des bourgeois (gandin, notaire, rentiers, "bureaux" -employés de l'administration-, épiciers), des voyous, des soldats ("pioupious"), des "bonnes"... Rimbaud s'y peint en jeune homme épris d'amour et de rêves.

D'un côté, la satire de bourgeois ridicules et satisfaits d'eux-mêmes ; de l'autre, la peinture pathétique d'enfants misérables dans la nuit et le froid : Rimbaud peint une société profondément inégalitaire et prend position pour les plus démunis.

Le Mal Le Dormeur du val L'éclatante victoire de Sarrebrück

Dans ce sonnet, Rimbaud évoque l'horreur de la guerre, "folie épouvantable" qui "fait de cent milliers d'hommes un tas fumant". Il fait également la satire de la religion catholique qui reste indifférente et s'enrichit au lieu de soutenir les mères des soldats.

v. Le poème travaillé en cours.

Dans ce sonnet, Rimbaud fait comme s'il décrivait une illustration représentant Napoléon III "raide, sur son dada // Flamboyant". Le poème le représente "Féroce comme Zeus et doux comme un papa". La description satirique mêle ironiquement les lexiques soutenus et familiers.

Dans les trois poèmes, la guerre est violemment dénoncée. Rimbaud se moque ceux qui soutiennent la guerre (les politiques, les religieux) et met en valeur ceux qui en souffrent (les soldats morts et leurs mères).

Sensation Roman Ma Bohème

Dans ce bref poème, l'un des premiers du recueil, Rimbaud décrit simplement une sensation : celle de marcher dans la campagne, "par les soirs bleus d'été" et de communier avec "la Nature".

Dans ce poème, Rimbaud évoque le plaisir d'une "nuit de juin", quand "sous les tilleuls verts de la promenade" il rencontre "une demoiselle aux petits airs charmants" dont il tombe amoureux.

Dans ce sonnet, Rimbaud évoque le plaisir à marcher le long des routes et à dormir à la belle étoile pendant une de ses fugues.

Dans tous ces poèmes, Rimbaud se montre à la première personne, comme un personnage toujours en mouvement (il semble marcher dans tous les poèmes), en communion avec une nature accueillante. Les sensations sont très présentes dans ses textes.

Vénus Anadyomène Au Cabaret-vert La Maline

Dans ce sonnet, Rimbaud fait une parodie d'un thème célèbre en peinture : la déesse Vénus sortant des eaux. Dans ce sonnet, c'est une vieille femme, laide, probablement une prostituée, qui sort de sa baignoire.

v. poème étudié en cours.

Dans ce sonnet, Rimbaud évoque une scène très proche de "Au Cabaret-vert" : une servante, dans une auberge, invite le jeune poète à l'embrasser sur la joue en disant qu'elle a pris froid.

Dans ces trois sonnets, Rimbaud évoque des figures féminines. Rimbaud évoque le corps féminin de façon très provocante, loin des clichés de la poésie traditionnelle : "anus", "tétons". Ce sont souvent des femmes très modestes : serveuses, prostituées. On retrouve là une certaine fibre sociale, déjà perçue dans "Les Effarés".