Le travail de l'écriture

Problématique : À quoi sert l'écriture ?

Séance 01

L'Astrologue ou les faux présages

Oral

1. Quels sont tous les sens du mot 'pièce' ?

2. Que signifient les expressions suivantes : ne pas être aux pièces ; faire pièce à ; mettre en pièces ; juger sur pièces ; inventé de toutes pièces.

Lecture

1. Qui est l'auteur de la pièce "L'Astrologue ou les faux présages" ?

2. Que raconte cette pièce ?

3. Pourquoi cette pièce a-t-elle été écrite ?

4. Devinez, d'après le contexte, le sens du mot "itération" (3ème paragraphe).

Prolongement

1. Quelles réactions, quelles réflexions vous inspirent ce projet ?

2. Êtes-vous favorable à l'utilisation de l'intelligence artificielle générative pour produire des textes ? Pourquoi ?

Pistes

Le texte ci-dessous est paru dans le quotidien Libération en fin d'année dernière. Il évoque la création d'une pièce de théâtre singulière.

Si une pièce montée "d'après" Molière n'est pas rare, un texte créé par intelligence artificielle, tel qu'il "aurait pu" l'écrire, l'est bien davantage. Pendant plus de deux ans, une équipe d'artistes et de chercheurs de la Sorbonne s'est attelée à faire émerger, grâce à l'IA, une pièce inédite (puisque jamais écrite) de l'illustre homme de théâtre : l'Astrologue ou les Faux Présages, montrée de jeudi à dimanche au théâtre de la Cité internationale à Paris.

Dès ses débuts, le projet intitulé "Molière ex machina", motivé par l'envie de mieux connaître la langue et les marottes de maître Poquelin, a reçu la bénédiction de l'historien Georges Forestier, spécialiste du Grand Siècle. Pour faire écrire cette pièce, personne n'a rédigé une seule ligne de sa main : l'algorithme a été nourri de références du domaine public dont la dramaturgie de Molière dans son intégralité mais aussi des ouvrages dramatiques, philosophiques ou scientifiques de l'époque.

Quelle différence, alors, avec un collégien pris d'une flémingite aiguë au moment de composer un récit d'invention à la manière de l'illustre homme de théâtre ? Les porteurs du projet assurent, en tout cas, que les gains de temps n'en sont pas puisque chaque scène peut demander jusqu'à 400 itérations. "S'il est très facile de faire quelque chose de médiocre avec l'intelligence artificielle, faire quelque chose de très bon avec est très long", souligne Pierre-Marie Chauvin, le vice-président Arts, sciences, culture et société de Sorbonne Université, dont dépend l'école-atelier théâtre Molière Sorbonne qui porte cette création.

Début janvier, lors d'une conférence au Cent-Quatre autour de la pièce, un spectateur demandait à raison qui en serait l'auteur. "Pas vraiment Molière", lui a-t-on répondu… Un flou artistique cultivé du fait de la débauche de personnes impliquées : jusqu'à une trentaine de cerveaux, dont des linguistes et des spécialistes du XVIIe siècle sollicités pour traquer les incohérences ou hallucinations de l'IA. Pour Gauthier Vernier, membre du collectif Obvious de création assistée par IA, engagé dans l'aventure en tant que coécrivant, l'intelligence artificielle s'imposait comme "le seul outil qui permet de faire de la création collective aussi simplement", en éclatant la paternité de l'œuvre dans une conversation avec le robot. Mistral a donc soufflé la fable que voici : Géronte, un vieux barbon, est mené à la baguette par Pseudoramus, astrologue de pacotille qui le convainc de marier sa fille Lucile au perruquier M. Merville, alors que la jeune fille est éprise de Cléonte. Les deux amoureux pourront compter sur Dorine, la servante pleine d'esprit, pour œuvrer à leur réunion. [...]

Revendiquant un "théâtre historiquement informé", les membres du théâtre Molière Sorbonne, investis dans le projet, cherchent à faire revivre l'art du dramaturge. "On fait de l'archéologie expérimentale", s'enthousiasme Delphine Desnus, en charge de réaliser les costumes d'époque, eux-mêmes conçus avec l'aide de l'intelligence artificielle, tout comme la musique et les décors. [...]

Nina Lacour, "L'Astrologue ou les Faux Présages" : avec l'IA, un Molière imaginaire, Libération, 22 juin 2026.

Séance 02

Vous écrivez... ?

Écriture

1. À quoi vous font penser les mots 'écrire' et 'écriture' ?

2. Est-ce que vous écrivez souvent ?

3. Quand vous écrivez, c'est pour quoi ? Pour communiquer avec autrui, pour vous-mêmes, pour créer des fictions, composer des chansons ? Expliquez.

4. Est-ce que vous écrivez plutôt sur papier, plutôt sur écran ? Pourquoi ?

5. Racontez un souvenir d'un moment d'écriture qui vous a marqué.

Lecture

Quelles réactions, quelles réflexions vous inspirent ces statistiques ?

Pistes

L'enquête quantitative a été réalisée par le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (CREDOC) en novembre 2022, appuyée sur une enquête réalisée en ligne auprès de 1 500 jeunes, âgés de 14 à 18 ans, répartis en groupes de 300 jeunes de chaque âge. Elle a eu lieu du 2 au 18 mai 2022.

Mongenot C., Cordier A., (2023). Les adolescents et leurs pratiques d'écriture au XXIe siècle : nouveaux pouvoirs de l'écriture ?. INJEP Notes & Rapports/Rapport d'étude.

Séance 03

L'oeil du maître

Observation

Selon vous, que montre l'image ci-contre ?

Lecture

1. Pour cet écrivain, qu'est-ce qui est le plus important, quand on écrit ? Comment l'exprime-t-il ?

2. Quel est, selon vous, le sens du mot 'latence' (second paragraphe) ?

3. Pourquoi, selon l'écrivain, le temps est-il essentiel quand on écrit ?

Prolongement

1. Pour vous, la relecture est-elle quelque chose d'important ? Comment faites-vous ?

2. Jean-Philippe Toussaint écrit : "C'est d'ailleurs ça, écrire, c'est le fondement même de l'écriture, se relire, se reprendre, raturer." Êtes-vous d'accord ?

Pistes

Dans ce court essai, l'écrivain Jean-Philippe Toussaint revient sur ce que signifie, pour lui, le travail de l'écriture.

Je me relis plus que je n'écris. C'est d'ailleurs ça, écrire, c'est le fondement même de l'écriture, se relire, se reprendre, raturer. Il ne peut y avoir d'écriture littéraire sans relecture. C'est très surprenant pour moi de constater combien je me relis sans cesse. Je dirais même qu'avec l'âge, je me relis de plus en plus. Je me suis certes toujours relu, j'ai énormément travaillé et retravaillé chaque phrase, chaque paragraphe de La Salle de bain, mais j'ai l'impression que maintenant, je me relis encore plus, je ne parviens plus à me séparer de mes manuscrits. J'imprime en permanence ce que j'écris, j'imprime chaque état du travail, et je me corrige à la main, crayon noir ou Uni-ball eye à pointe fine de chez Mitsubishi. [...]

Ce qui importe, au demeurant, ce n'est pas tant de multiplier les relectures, c'est qu'il y ait un temps de latence entre chaque relecture. Le temps du travail littéraire est donc autant celui, effectif, de l'écriture que le temps abstrait qui s'écoule entre deux relectures. Ce temps de battement a une double dimension, à la fois intérieure parce que, dans l'intervalle, entre deux relectures, quelque chose continue d'agir en moi, quelque chose qui infuse inconsciemment sans que j'aie besoin précisément de l'identifier. Mais également une dimension extérieure, en cela que ce temps de latence permet d'avoir ensuite un recul sur ce qu'on a fait et de pouvoir le considérer d'un œil neuf, comme lavé par le temps. Avec un recul de quelques mois, je suis capable d'émettre un avis distancié de lecteur, presque d'éditeur, sur ce que j'écris [...]. Titien retournait ses tableaux après les avoir peints et les laissait reposer de longs mois face aux murs sans plus les regarder. Puis, quand il les reprenait, selon Palma le Jeune, il les examinait avec une rigoureuse attention, comme s'ils avaient été ses "ennemis mortels".

Toussaint, J.-P. (2022). C'est vous l'écrivain. le Robert.

Séance 04

Les brouillons

Oral

Faites-vous souvent des brouillons ? Pourquoi ? À quoi ressemblent-ils ?

Pistes

Observation

Classez les documents ci-contre en différentes catégories que vous expliquerez.

Méthode : les brouillons

Honoré de Balzac, quatrième épreuve corrigée (Bibliothèque de l'Institut de France, fonds Lovenjoul, A 53, f° 129)

Michel Butor, Notes sur La Fontaine(Collection de l'auteur).

Gustave Flaubert, scénario tabulaire pour Hérodias, rempli de chiffres, lettres grecques et becquets d'insertion (BnF, nafr. 23663, t. II, f° 708)

Cahier de laboratoire. Louis Pasteur, expériences sur la rage (BnF, nafr. 18019, f° 88 r°)

Picasso, Carnet de 1940 (reproduit dans Picasso, Écrits, édition établie par Marie-Laure Bernadec et Christine Piot, Paris, Réunion des musées nationaux et Gallimard, 1989, © S.P.A.D.E.M.)

George Sand, in La Mare au diable. (BnF, nafr. 12231, f° 25).

Un brouillon du poème « Vivre encore », paru dans Les Amis inconnus de Jules Supervielle (BnF, Fonds Supervielle, Poésies, vol. II, f° 77.

Paul Valéry, un brouillon du poème « Été » (BnF, nafr. 19002, f° 57)

Zola, liste de 133 titres pour La Bête humaine (BnF, nafr. 10274, f° 298)

Grésillon, A. (1994). Éléments de critique génétique : Lire les manuscrits modernes. PUF.

Séance 05

Le geste et la trace

Lecture

1. Résumez le texte suivant en sept phrases. Vous reformulerez.

2. Dans ces sept phrases, choisissez-en une avec laquelle vous êtes d'accord, et une avec laquelle vous êtes moins ou pas du tout d'accord. Expliquez pourquoi.

Oral

Comment utilisez-vous l'Intelligence Artificielle Générative quand vous écrivez ?

Prolongement

Aymen Bouali affirme que "le brouillon, la rature, l'essai, l'erreur" sont "des conditions de la pensée".

1. Pouvez-vous reformuler cette idée ?

2. Êtes-vous d'accord ?

Aymen Bouali, docteur en physique, est professeur agrégé de sciences physiques à l'Ecole normale supérieure de Tunis (université de Tunis).

Nous avons longtemps pensé la technologie comme un prolongement naturel de nos capacités : écrire, calculer, nous informer, nous divertir plus vite. Chaque outil, isolément, semble raisonnable. La question naît de leur addition. Car l'ensemble dessine une transformation plus profonde : l'externalisation progressive de nos gestes, de notre mémoire, de notre attention, de notre jugement et, désormais, de notre droit à l'erreur. [...]

Prenons l'écriture. Une idée ne surgit pas de la même manière lorsqu'on l'écrit rapidement sur un clavier ou lorsqu'on la laisse naître au bout d'un stylo. La main ralentit la pensée ; mais ce ralentissement n'est pas une faiblesse. Il oblige à choisir, à hésiter, à revenir sur un mot, à sentir la phrase en train de se construire. Ecrire à la main, ce n'est pas seulement produire des signes. C'est faire travailler ensemble le regard, le geste, la mémoire motrice, l'attention et le langage.

C'est ici que l'IA générative pose une question éducative et civilisationnelle majeure. Utilisée après l'effort, elle peut aider à clarifier, comparer, traduire, prolonger une réflexion. Utilisée avant l'effort, elle risque d'offrir trop tôt une forme correcte à une pensée fragile, qui avait besoin de temps pour se chercher. Le danger n'est donc pas seulement l'outil, mais le moment où il est utilisé. S'il arrive trop tôt, il court-circuite ce que l'apprentissage a de plus précieux : la confrontation avec la difficulté. [...]

C'est dans ce contexte qu'il faut comprendre l'inquiétude face à l'IA. Le problème n'est pas que les machines possèdent une conscience ; aucune preuve sérieuse ne permet aujourd'hui de l'affirmer. Le problème est que nous pourrions finir par agir comme si elles devaient porter à notre place le poids de la conscience : écrire pour nous, corriger nos maladresses, anticiper nos désirs, lisser nos imperfections.

La perfection algorithmique exerce ici une séduction dangereuse. Elle promet de supprimer la faute, l'hésitation, la lenteur, la honte de mal formuler. Mais une société qui ne tolère plus l'erreur finit par ne plus tolérer l'humain. L'enfant qui apprend, l'étudiant qui cherche, le chercheur qui doute, le citoyen qui écrit maladroitement une idée juste : tous ont besoin d'un espace où l'imperfection n'est pas aussitôt corrigée, ridiculisée ou remplacée.

L'humanité n'a jamais vécu sans technique. La civilisation est elle-même une histoire d'outils. Mais il existe une différence décisive entre l'outil qui augmente une capacité et celui qui l'atrophie en la rendant inutile. La calculatrice n'interdit pas le calcul ; elle devient problématique lorsqu'elle dispense de comprendre ce qu'un calcul signifie. L'IA n'interdit pas d'écrire ; elle devient problématique lorsqu'elle rend l'écriture personnelle trop coûteuse, trop lente, trop risquée socialement.

Le retour nécessaire n'est donc pas un retour à la nature contre la civilisation, mais un retour du geste dans la civilisation. Reprendre le stylo. Lire longuement sans interruption. Résoudre un problème avant d'appeler l'assistance. Laisser le téléphone hors de la pièce lorsqu'il faut penser. Enseigner que l'IA peut venir après l'effort, mais qu'elle ne doit pas voler l'effort. Réhabiliter le brouillon, la rature, l'essai, l'erreur, non comme signes d'échec, mais comme conditions de la pensée. [...]

Aymen Bouali, "Une société qui ne tolère plus l'erreur finit par ne plus tolérer l'humain", Le Monde, 20 juin 2026.

Séance 06

Toutes les formes de l'écriture

Bilan

Faites une affiche pour répondre, de façon visuelle, à la question initiale : à quoi sert l'écriture ?

Vous pourrez vous appuyer sur les documents que nous avons étudiés, ainsi que sur les échanges que nous avons eus en cours.

1. Commencez par lister, au brouillon, les éléments de réponse que vous voulez mettre sur votre affiche.

2. Réfléchissez ensuite à l'organisation de l'espace sur votre affiche.

3. Trouvez un moyen simple d'illustrer chaque élément de réponse.

4. Réalisez votre affiche.

Séance 07

Essai

Observation