Soient les extraits des deux livres suivants :
- Sepúlveda, L. (1989). Le vieux qui lisait des romans d'amour. Éditions du Seuil.
- Pennac, D. (1992). Comme un roman. Éditions Gallimard.
Que vous inspire la lecture de ces deux extraits ?
Quelles conséquences, en particulier, sur la didactique de la lecture ?
Par « lecture subjective », nous entendons la façon dont un texte littéraire affecte - émotions, sentiments, jugements - un lecteur empirique. Ce dernier s'attache plus aux retentissements individuels que suscite une œuvre sur lui-même qu'à la description analytique des catégories textuelles, génériques et stylistiques de celle-ci. La lecture subjective concerne en effet le processus interactionnel, la relation dynamique à travers lesquels le lecteur réagit, répond et réplique aux sollicitations d'une œuvre en puisant dans sa personnalité profonde, sa culture intime, son imaginaire.
Le contenu fictionnel des œuvres est toujours investi, transformé, singularisé par l'« activité fictionnalisante » des lecteurs : images produites en « complément » de l'œuvre (concrétisation imageante), liens de causalité établis entre les événements ou les actions des personnages (cohérence mimétique), scénarios fantasmatiques activés par le texte (activité fantasmatique), jugements portés sur l'action et la motivation des personnages (réaction axiologique). Ce dialogue interfictionnel entre la fiction textualisée par l'œuvre et la textualisation des apports fictionnels de la subjectivité du lecteur produit le « texte singulier du lecteur ».
Langlade, G. (2007). La lecture subjective. Québec français. https://id.erudit.org/iderudit/47315ac
Regardez l'intervention de François Le Goff (2008).
Quels éléments en retenez-vous ?
La didactique de la littérature, au cours de ces dix dernières années, interroge le statut de la lecture littéraire et concentre ses réflexions sur les conditions d’émergence d’un sujet lecteur. [...] Annie Rouxel observe ainsi : "[Un] passage d’une conception de la lecture littéraire inscrite dans une théorie du texte, qui postule le lecteur implicite ou virtuel (autrement dit dans la perspective des théoriciens de la réception), à une conception de la lecture littéraire qui s’intéresse à la reconfiguration du texte par le lecteur réel et présente des modes de réalisation pluriels. Il y a donc un déplacement de l’intérêt : du lecteur virtuel au lecteur réel, et, par voie de conséquence, du « texte de l’œuvre » au « texte du lecteur »." L’évolution des conceptions de la lecture littéraire introduit de nouveaux dispositifs de lecture. Les journaux de lecteur, les journaux de bord et les autobiographies de lecteur se développent pour accompagner les lectures cursives.
Le Goff, F., & Larrivé, V. (2018). Le temps de l'écriture. UGA Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.1958
Le journal de lecteur est un support sur lequel, toute l'année, l'élève garde trace de ses lectures. Il impose des activités d'écriture régulières – presque ritualisées – sur les livres et sur l'activité du lecteur, dont il garde la mémoire. [...] Cependant, même s'il est consacré à la littérature et aux rapports personnels et originaux que l'élève entretient avec les œuvres littéraires, le journal de lecteur donne une priorité à la lecture littéraire en tant qu'activité et à ses répercussions sur le sujet lisant. Aucun journal de lecteur ne ressemble à un autre, puisque les lecteurs réagissent tous différemment à la lecture d'une œuvre littéraire. Le JdL est donc un cahier personnel, personnalisé, qui rend compte de la singularité d'un lecteur. Dans la relation triangulaire auteur/texte/lecteur, il permet de focaliser l'attention sur le lecteur et la manière dont il s'approprie les textes littéraires.
Le Goff, F., & Larrivé, V. (2018). Le temps de l'écriture. UGA Éditions. https://doi.org/10.4000/books.ugaeditions.1958
Observez les quatre exemples proposés : deux réalisés par des élèves de 6e, deux par des élèves de 2nde, en 2024.
Quelles remarques vous inspirent-ils ?
- Afin de favoriser cette rencontre psychoaffective avec les deux personnages, il a été demandé aux élèves de répondre dans leur cahier de lecture à la question suivante : « À laquelle des deux jeunes filles va votre sympathie et pourquoi ? »
- 1) Chercher une reproduction (sur clé USB ou sur papier) de tableau ou d'œuvre d'art qui fasse écho pour vous à l'un des tableaux de Wang-Fô évoqués dans la nouvelle [...] 2) Être capable d'expliquer devant la classe à l'oral en quoi elle correspond au texte de Yourcenar et pourquoi vous l'avez choisie. »
- La pratique des marginalia consiste à investir les marges d'un texte par des notes personnelles ou des dessins. Lors de sa lecture, le lecteur donne la réplique au texte, en répondant directement à un personnage, en s'adressant à l'auteur pour exprimer son agacement ou au contraire son intense jubilation. La lecture se fait alors « conversation ».
- Ahr, S. (2018). Former à la lecture littéraire. Réseau Canopé.
Au regard de nos échanges, que vous inspirent ces copies de la dernière session de l'EAF ?