L'exposé chronologique demeure le format de présentation le plus répandu. Nombreux sont aussi les candidats ayant choisi de retracer tout d'abord leur parcours puis d'énoncer leurs motivations et qualités pour devenir professeur. Quelques candidats ont privilégié le principe d'un classement par centres d'intérêt, par motivations ou par compétences acquises (au risque parfois de l'énumération). Le jury tient à rappeler qu'aucun plan canonique n'est prescrit : on attend que le candidat soit capable de sélectionner, de hiérarchiser et d'analyser ses expériences les plus significatives, sans recherche d'exhaustivité, afin de mettre en relief ce qui dans son parcours – scolaire, universitaire, professionnel, mais aussi culturel, littéraire et artistique – le prépare à être professeur de Lettres.
Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. (2024). Rapport du Jury. CAPES externe, CAFEP-CAPES et 3ème CAPES. Lettres. Session 2024.
...les candidats capables de mettre en perspective leur parcours de lecteur ou leurs travaux de recherche au service d'une réflexion didactique, ou de porter un regard personnel sur les spécificités de l'enseignement des Lettres. [...] Si les questions portant sur les expériences passées en établissement, sur les sujets de mémoire, sur les compétences acquises ou à acquérir sont souvent traitées efficacement, certains aspects fondamentaux du métier restent à explorer par les candidats en amont du concours : dans une dynamique rétrospective, leurs motivations à enseigner les Lettres, leurs pratiques de lecture et leur rapport à la littérature patrimoniale et contemporaine ; dans une dynamique plus prospective, leur projection dans la classe, l'articulation entre langue et littérature, entre Lettres et valeurs de la République dans le cadre de leur enseignement à venir. Il convient enfin pour réussir ce moment de l'épreuve de l'aborder avec sérénité, en se montrant attentif aux questions du jury, agile dans sa réflexion, précis dans son expression.
Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. (2024). Rapport du Jury. CAPES externe, CAFEP-CAPES et 3ème CAPES. Lettres. Session 2024.
Parce que l'exposé a livré une image du parcours et des prédispositions à entrer dans les fonctions, ce temps d'entretien a vocation à approfondir et à compléter les éléments constitutifs de la candidature. À un candidat en reconversion professionnelle, vétérinaire de formation, le jury a ainsi demandé naturellement ce que son expérience pouvait forger comme regard particulier sur l'enseignement des Lettres. Toutes les questions posées relèvent de la même logique : il s'agit pour le jury de comprendre et de mesurer le degré d'appropriation des visées d'enseignement dans le système éducatif français d'aujourd'hui, en général, et de la discipline, en particulier.
Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. (2022). Rapport du Jury. CAPES externe, CAFEP-CAPES et 3ème CAPES. Lettres. Session 2022.
Outre la transmission des connaissances, la Nation fixe comme mission première à l'école de faire partager aux élèves les valeurs de la République.
Les échanges avec le jury, dans les deux parties de l’épreuve, doivent permettre au candidat de révéler le professeur de Lettres qu’il se destine à être avec sincérité, sans céder à la tentation d’un discours convenu. Cela impose de s’interroger en amont sur ce qu’on veut et peut apporter aux élèves, en prenant en compte avec lucidité et pragmatisme les finalités de l’enseignement des Lettres ainsi que le fonctionnement du système éducatif. [...] Le jury a apprécié les candidats capables de porter un regard réflexif sur leur propre rapport à la littérature et à la langue, fondateur pour un futur professeur de Lettres, et de convoquer à bon escient des références littéraires, qu’il s’agisse d’expliciter en quoi « les textes littéraires permettent d’apprendre à lire le monde » ou quelles œuvres favoriseraient « le goût de la lecture » (ou de l’écriture), de donner vie à une situation professionnelle propre au cours de français ou de réfléchir à la manière dont les œuvres littéraires peuvent nourrir le partage des valeurs et principes fondamentaux de la République.
Ministère de l'éducation nationale et de la jeunesse. (2024). Rapport du Jury. CAPES et CAFEP externes, 3ème concours. Lettres Classiques et Modernes. Session 2024.
Les récits littéraires, en tant que configurations fictives alimentant la réflexion, fonctionnent exactement comme des expériences de pensée. Ainsi, Zola, dans La Faute de l’abbé Mouret, imagine-t-il ce qui se produirait si l’on enfermait ensemble, dans un jardin idyllique, un prêtre et une jeune femme séduisante. [...]
L’intérêt des fictions est ainsi de nous confronter à des configurations (événementielles, émotionnelles, thématiques) que nous ne connaissions pas (dans le monde réel, nous ne pourrions les vivre pratiquement ou moralement), voire que nous n’imaginions pas. J’ai ainsi peu de chances de vivre l’aventure de Robinson Crusoë ou de participer aux orgies sadiennes dans des châteaux à l’abri des forêts, mais les récits qui les mettent en scène n’en nourrissent pas moins mon savoir et mon imaginaire. [...]
Le lecteur, en s’immergeant dans la situation au lieu de l’analyser, d’une part, la revit sur le plan émotionnel (se rapprochant, même infinitésimalement, de ce qu’aurait été une expérience réelle) et, d’autre part, l’éprouve dans sa dynamique ; il bénéficie ainsi de ce qui manque à la transmission purement intellectuelle : l’accès aux processus d’engendrement. Non seulement, la fiction permet à chacun d’accroître son savoir ; mais il est des choses qu’on ne peut saisir qu’à travers elle.
Jouve, V. (2019). Pouvoirs de la fiction : Pourquoi aime-t-on les histoires ?
Observez les pages de manuel consacrés au roman de Maupassant, Bel-Ami (1885).
Vous étudierez l'appareil critique et le texte.
Dans l'enseignement secondaire en France, il est fréquent de ne guère tenir compte des réactions axiologiques des jeunes lecteurs, voire pas du tout. La valeur des œuvres littéraires est désignée le plus souvent comme une valeur esthétique [...]. La question éthique est donc très partiellement portée dans les pratiques de classe. Elle relève de ce que Renard (2012) appelle les "réactions lectorales bienvenues" à des moments particuliers des cours, parce qu'elles "donnent un certain dynamisme au déroulement de l'étude des textes" (p. 175-183), mais elles sont invalidées au moment de l'évaluation. [...] Les enseignants hésitent à intégrer à leurs analyses littéraires les jugements éthiques des élèves parce que ces jugements se réalisent à la faveur d'une identification à certains personnages ou relèvent d'une réaction empathique. La posture "participative" dont ils émanent contrevient à l'idée que certains professeurs de lettres se font de ce que doit être une lecture légitime, savante et distanciée.
Waszak, C. (2018). "Moi je trouve qu'elle a que ce qu'elle mérite" Que faire des jugements éthiques des lycéens sur leurs lectures ? Repères, 58, 155‑169.
Le réflexe qui consiste à chercher des problématiques complexes peut faire écran au contenu littéral du texte. [...] On peut s'interroger ici, sans en faire un facteur explicatif unique, sur les effets d'un double phénomène se produisant face à la lecture des textes représentant des violences sexuelles : d'un côté, la partition très forte en France entre culture légitime et culture non-légitime, et les valeurs associées à la lecture des classiques intemporels et universels, qui ne sauraient être soupçonnés de présenter les violences sexuelles de façon complaisante ; de l'autre, la prégnance d'une pratique de lecture, enseignée à partir du lycée, qui passe, malgré les évolutions récentes, par la mise à distance de l'affect, et qui renvoie les réactions face au contenu littéral du texte à des réactions "empathiques" et "naïves".
Marpeau, A.-C. et Grand d'Esnon, A. (2018). Les violences sexuelles dans les textes littéraires : quels enjeux pédagogiques de lecture, quelle posture éthique pour l'enseignant·e ? Dans : Rouviere, N. Enseigner la littérature en questionnant les valeurs. Peter Lang Gmbh, Internationaler Verlag Der Wissenschaften.
1. Dans vos séances, quels sont les mots où vous avez été amenés à "partager les valeurs de la République" ? Comment avez-vous fait
2. Soient les textes suivants :
- Ronsard, P. de. (1578). Sonnet pour Hélène.
- Perrault, C. (1694). Peau d'Âne.
- Maupassant, G. de. (1882). Un parricide.
- Pommerat, J. (2013). Philtre. In : La Réunification des deux Corées.
- Louis, E. (2014). En finir avec Eddy Bellegueule.
Choisissez l'un d'entre deux. Imaginez et élaborez une séance de 55 minutes qui intègre la question des valeurs/le sujet lecteur.